Burning Man 2025
Black Rock City, NV, USA
par Rosemarie Desmarais et Simon Beaudoin
~ Un burn pour mamie Réjeanne ~
Dans ce récit de voyage à Burning Man 2025, nous partageons notre expérience personnelle, depuis la préparation et le trajet jusqu’à la vie quotidienne sur la playa, la poussière, la chaleur et les moments de communauté qui marquent profondément.
Ce texte s’adresse à celles et ceux qui envisagent Burning Man pour la première fois ou qui souhaitent revivre l’expérience à travers un regard lent, conscient et humain.
…
Sim et moi sommes arrivés à quelques heures d’intervalle à l’aéroport de San Francisco. Sim revenait d’Europe, où il avait assisté à une conférence sur la pollution du plastique après un été à Stanford. Moi j’arrivais de New York, après avoir passé l’été au Québec avec ma famille à prendre soin de mes deux grands-mamans. On a retrouvé Mrs Robinson, notre van adorée ainsi que nos merveilleux amis à Bolinas ! On était bien contents et on a passé quelques jours en leur compagnie avant de partir en aventure vers le Lake Tahoe avec Mrs Robinson. On devait se préparer activement pour le burn, il y avait beaucoup de choses à prévoir étant auto-suffisants pour plus de sept jours dans le désert.
Samedi 23 août - Préparatifs et départ
On se réveille dans la forêt, aux pieds des montagnes près de Tahoe. On prend une marche entre les grands arbres avant de se mettre en mode préparation. C’est beau la forêt !
À Tahoe, on prévoit les repas, l’eau, les costumes, l’équipement pour les tempêtes de sable,… On commence à voir quelques burners en faisant nos commissions, ça promet !
On prend la route en début de soirée et on s’arrête dans des hot springs sur la route. On prend un long bain chaud remplie de minéraux rares et précieux. On est fiers de se pointer au burn aussi propres et minéralisés.
Il y a de plus en plus de burners, jusqu’au point où il n’y a que ça partout. On suit un long cortège nocturne et on arrive dans la file pour entrer à Black Rock City à 12:30 am, quelques minutes après l’ouverture des portes au grand public.
Dimanche 24 août - Arrivée, installation et premières impressions
Entre 1h am et 8h am, on avance environ de vingt mètres toutes les vingt minutes.On s’alterne pour conduire. On finit par comprendre qu’il y a eu une grosse tempête de sable samedi en fin de journée—un « complete white out »—qui a forcé la fermeture de la porte, ce qui explique le délai.
8 :30 am : On arrive à la gate « scraps », mais heureux d’être là. Un monsieur qui contrôle les voitures vient à notre rencontre et nous pose des questions. Jour de chance, on se fait envoyer à la sécurité et on doit attendre qu’une équipe spéciale viennent confisquer le drône de Sim. Gros trip so far.
9 :30 am: On entre finalement sur le site. Notre greeter est super gentil, calme et accueillant. On aime le thème de cette année, Tomorrow Today— « une invitation à imaginer et à manifester l’avenir par l’art, l’innovation et l’action collective » (Burning Man, 2025). On s’installe aux coordonnées 8 :15 & I après avoir brièvement rencontré Mikey Mike et ses ami.es.
On comprend que Black Rock City est organisée comme un cadran d’une horloge. La ville a des rues circulaires entre 2 :00 et 10 :00 heure et des rues transversales de A à K. Les camps sont installés partout, et on en compte plusieurs centaines. Des œuvres d’art, des structures interactives, des scènes de musique et des véhicules modifiés spectaculaires sont répartis à travers l’énorme centre, ainsi que sur l’axe allant de 10:00 à 2:00 heure. The Man pile au centre.
Bon, c’est l’heure de manger et dormir.
2:00 pm: Le repos fait du bien, mais il fait TRÈS chaud. On suffoque un peu, le soleil tape vraiment fort et il n’y a aucune trace d’ombre sur la van. On n’a pas d’air climatisé et on réalise qu’on ne pourra pas conserver nos aliments à cette chaleur. Sim fait son gémeau et part à la rencontre de deux nouveaux voisins qui sont en train d’installer une énorme bâche sur leur campeur. Il revient en annonçant qu’ils acceptent de partager leur bâche et qu’on peut se stationner près d’eux. C’est tellement gentil ! Ils s’appellent Griffin et Joaquim, ils viennent de Denver au Colorado. Ça va nous sauver.
5:00 pm: On voit que le temps est incertain, mais on a la bougeotte et on décide de partir faire un premier petit tour à vélo. On se dirige vers The Man.
L’événement prend de l’ampleur à vue d’oeil. Les gens sont occupés à s’installer. Plusieurs se remettent de la tempête de la veille qui a détruit leur camp. On nous raconte comment il fallait tenir les pôles des tentes pour éviter que tout s’écroule.
Deux bénévoles nous informent que la structure deThe Man en est à ses derniers instants de construction puis nous invitent à nous retourner pour constater qu’une tempête approche derrière nous. On a à peine le temps de mettre nos lunettes et foulards et on ne voit plus rien. On n’est vraiment pas prêts pour ça. On capote un peu parce qu’on a laissé des petites fenêtres ouvertes dans Mrs. Rob.
On se met dos au vent en espérant que ça passe rapidement, mais ça ne passe pas et c’est impossible de s’orienter. On finit par se réfugier sous la structure en bois deThe Man. On y retrouve une petite pièce complètement à l’abri du vent, qui est en fait un salon avec des chaises royales, plusieurs livres anciens et des œuvres d’art magnifiques qui symbolisent la régénération.
On se retrouve dans une minuscule pièce sous The Man, où sont réfugiés les vingt artistes qui viennent de terminer sa construction.Ça fait trois semaines qu’ils ont commencé. On est très impressionnés par leur créativité et par l’ampleur du projet qu’ils ont réalisé. Difficile de croire que ça brûlera dans quelques jours.
On revient à Mrs. Rob quelques heures plus tard. Ce qui devait arriver arriva; notre van est remplie de poussière. On prend notre courage à deux mains, pas question de vivre comme ça toute la semaine, il faut tout nettoyer. Chaque armoire, le lit, le sol, chaque recoin,... Cette première journée nous aura apprise quelques leçons importantes. Ne jamais sous-estimer la chaleur du soleil, ne jamais quitter la van sans prendre toutes les mesures nécessaires pour affronter des tempêtes et toujours avoir notre équipement avec nous.
Lundi 25 août - Tours sur la playa et adaptation au désert
On prend le temps de se cuisiner un excellent déjeuner, de pratiquer le yoga et de relaxer. On essaie de mieux cultiver notre bien-être mental et physique en festival. C'est un des avantages de vieillir; on est plus expérimentés. Pour ma part, un défis est de prendre le temps de me reposer quand il y a autant de choses excitantes autour.
On visite plein de campements dans notre quartier—notamment des friperies, un encan de chapeaux, une balançoire exceptionnelle, on mange des grilled cheese à un camp canadien, on se fait faire des massages de pieds, on médite en groupe, on va à Main Camp, on explore le désert et on découvre “Rose Wonders” qui devient tout de suite un coup de coeur.
Toute la nuit, on continue d’aller voir plein d’autres œuvres d’art éparpillés dans le désert. On admire toutes ces choses magnifiques, impressionnantes et inspirantes partout autour de nous, incluant les campements et les scènes d’artistes, les lumières sur les vélos, les art cars qui sortent d’un peu partout et qui ont toutes les formes inimaginables. On visite plein de partys différents. On danse sur d’excellents dj sets montés sur d’énormes camions seize roues modifiés qui ressemblent à des transformers. On s’amuse. Nos vélos sont nécessaires. On fait de longues rides et ce n’est vraiment pas toujours facile dans la grosse poussière. On est fiers que nos vieux vélos tiennent la route, mais on sortira définitivement avec les jambes entrainées.
Au petit matin, on va sur la plateforme de The Man, qui est maintenant ouverte au public et on y reste un long moment à observer l’effervescence partout autour de nous et à écouter les dizaines de musique qui jouent les unes par dessus les autres. On est dans une énorme fête foraine pour adultes, ça n’arrête jamais. Toutes les lumières sont hallucinantes dans la nuit sombre du désert. C’est gigantesque. C’est fou.
Mardi 26 août - Pluie et nouvelles difficiles
Notre tentative de long dodo est interrompue par la chaleur. On se fait un long self care matinal incluant gros déjeuner, yoga, lecture et sieste.
Éventuellement, on repart en exploration. C’est tellement un drôle d’univers—les gens nous offre du café, des câlins, des séances de sport, des toasts, des pratiques de yoga. On se fait vraiment offrir de tout. Ça fait du bien de vivre dans une société sans argent, même si c’est artificiel.
À Main Camp, je pogne du réseau sur mon téléphone et je parle à mon papa qui m’a demandé de le rejoindre. Il m’annonce que mamie Réjeanne, qui est aux soins palliatifs à l’Hôtel-Dieu, a décidé de la date de son départ. Ce sera jeudi de cette semaine. Ouf… grosse nouvelle même si je m’y attendais. Je sentais que ça allait arriver pendant que je serais ici, mais je suis quand même sous le choc que ce soit dans moins de 48h.
Une tempête de pluie éclate. On se cache un peu, mais tout finit par être trempé. S’organise autour de nous des combats spontanés de lutte dans la boue. Un arbitre se présente, des volontaires se font engouffrer d’huile et commencent à se battre tout nus. Ça fait bien rire et surtout contraste avec la nouvelle qu’on vient d’apprendre.
On profite d’un moment d’accalmie pour revenir à la van. Il pleut pendant plusieurs heures et ça laisse le sol de la playa entière boueux. Ça colle sans bon sens; les sandales et les roues de vélo se ramassent énormes et très lourdes. Impossible de bouger. Il n’y a pas de gros party ce soir. Les gens font la fête chez eux. On chill un peu avec nos voisins puis on va dormir.
Mercredi 27 août - Vie quotidienne à BRC
Comme tous les jours, je me dirige aux toilettes chimiques à mon réveil, vêtue de mon foulard jaune avec des scriptures sur la tête. Ce matin, je croise un Rishi—un homme sage d’origine indienne—qui me dit “Ram Ram Ram” en apercevant mon foulard. Je lui réponds '“Ram Ram Ram” et lui souhaite une belle journée. Ça fait drôle de croiser un Rishi ici, on en rencontre très rarement ailleurs qu’en Inde. Il faut bien être à Burning Man. Je me demande ce qui l’amène ici.
Plus tard dans la journée, on a la chance d’avoir une belle conversation avec mamie sur Facetime. Elle nous parle d’impermanence, de liberté et de lumière. Elle n’a pas peur, elle est légère, accomplie, sereine. Je la trouve magnifique.
Après avoir raccroché, on se rend au temple pour la première fois. C’est très chargé, beaucoup de gens sont déjà venus honorer leurs êtres chers en écrivant des mots ou collant des photos sur les murs. Au centre, les gens prient, méditent, pleurent. La structure de bois est magistrale. On écrit un poème pour mamie et on s’assoit un bon moment pour laisser les larmes couler.
On vient ensuite se reposer au camp. Je tire une carte d’oracle qui s’appelle “The Wishing Well” et qui parle de laisser aller, de reconnaissance, de joyaux karmiques et de surprises inattendues. Sim tire une carte qui ressemble à mamie comme deux gouttes d’eau et s’appelle “The Water Oracle”. La carte parle d’habiletés psychiques et de visions. Des larmes coulent, on ressent plein de grosses émotions en même temps.
On commence notre soirée au coucher de soleil. C’est absolument magnifique. Le ciel se donne en spectacle et on ne peut s’empêcher de penser à mamie qui se prépare à quitter son corps et rejoindre cet infini mystérieux. On passe un moment spécial avec une œuvre d’art de deux personnages robotiques immenses qui se tendent la main. Il y a un véhicule mutant qui donne un party. C’est surréel avec le ciel multicolore, les gens qui dansent et la poussière qui virevolte dans l’air. On va ensuite à un énorme party. On apprend que le dj est Black Coffee ! C’est vraiment bon, on trippe !
La nuit est encore jeune pour Burning Man. Ça continue pour nous dans un salon de thé où l’on assiste à un spectacle de musique traditionnelle indienne. Trois musiciens jouent du sitar, du tabla et de la flute avec une intensité contagieuse. C’est envoutant. Mamie fait sentir sa présence.
On passe le reste de la nuit à explorer. On vit un moment doux et spirituel à un temple zen, on joue ensuite de la musique très fort, on se fait de nouveaux amis, on fait encore beaucoup de kilomètres à vélo et on se ramasse au Ashram Galactica, qui deviendra une de nos tentes de soirées préférées. C’est la jungle là-dedans ! La musique est tribale et ça danse en transe. On se laisse emporter. C’est un party intemporel. On vient dormir quand il est l’heure de se lever.
Jeudi 28 août - Moments marquants
Le réveil est lent. Nous avons beaucoup de pensées et d’émotions pour mamie dès le réveil. Une dernière visite à main camp pour obtenir du wifi permet de lui faire un dernier appel. Elle est installée confortablement dans sa chambre avec tous les membres de la famille autour d’elle. Elle rit, raconte des blagues et envoie des messages pleins de sagesse et de profondeur. Elle est toute là. Pourtant, son départ est prévu dans moins de vingt minutes. Sim et moi avons la chance de lui parler et de la voir une dernière fois. Nous lui disons aurevoir, merci et que nous l’aimons pour toujours. Elle est déjà un ange. Tout est lumineux autour d’elle tellement elle rayonne. Ma mamie est prête pour son grand voyage.
Sitôt raccrochés nous voilà sur nos vélos en direction du temple. On est sur une mission; mamie nous a demandé de l’aider à se libérer de son corps. On s’installe sur un banc face à face et mains dans les mains. Nos yeux se ferment aussitôt et se ré-ouvrent seulement 3 heures plus tard.
On ouvre les yeux en même temps. On s’échange un sourire rempli de larmes, mamie est partie.
Tout ce temps, on a médité, prié et pensé à mamie pour l’aider à se propulser dans le ciel. Il y a eu beaucoup d’action autour de nous; des marteaux qui cognent, des gens qui pleurent, qui écrivent, qui prient, mais par le miracle de mamie, on est restés concentrés. À un moment, tout s’est illuminé derrière mes yeux. Ma tête s’est remplie de spirales pétillantes tournillant vers les cieux et j’ai senti que mamie était rendue au ciel.
On roule doucement jusqu’à la van. Tout est pareil, mais tout est différent.
On retourne au temple au coucher du soleil. On nous a informé qu’une méditation collective aurait lieu autour d’un énorme gong. Le temple et la van sont les deux endroits où nous avons envie d’être aujourd’hui.
Il y a beaucoup de monde et l’atmosphère est très chargée. On est surpris de voir que le rishi d’hier matin est installé au centre du temple. Il médite juste à côté du gong. Il est l’invité d’honneur. Son aura est très puissante quand il médite, son calme est intense. Tout grouille autour de nous, on entend des musiques résonner de partout et plein de bruits de moteur, mais il ne bouge pas d’un poil pendant très longtemps. Son âme est ailleurs.
Il s’en suit une prestation d’harmonium. Là ils sont en train de m’avoir, mes émotions sont à vif et je vois que Sim aussi. Le son de l’harmonium nous fait sourire et nous rapproche de la maison. Tout ce temps, le rishi est demeuré en méditation.
Tout à coup, le rishi ouvre les yeux et c’est la fin. Quelques personnes s’avancent vers lui pour le saluer. Sim m’encourage à aller le voir. On s’approche et on se met à genoux près de lui et je marmonne deux trois mots incompréhensibles entre deux pleurs. Je m’apprête à réessayer de lui expliquer pourquoi je suis si émotive quand il plonge ses yeux dans les miens. Ça me clôt le bec. Je suis bouche bée par la profondeur de son regard. C’est le cosmos, l’amour infini, c’est électrique, multidimensionnel et surréel. Son regard se pose ensuite sur Sim qui lui aussi connecte aussitôt.
Puis, on voit une expression de surprise sur son visage—il vient de reconnaitre mon foulard jaune. Il sourit et dit: “Ram Ram Ram”. Je souris aussi et je dis “Ram Ram Ram”. Il replonge son regard dans le mien, cette fois-ci avec une chaleur qui m’enveloppe et me réconforte.
En sortant du temple, on se laisse guider intuitivement jusqu’à une structure. C’est une pyramide ornée d’un colibri. On entre et on apprend qu’on est à l’intérieur de la Fire Hummingbird Pyramid. C’est écrit: “Here, we honour our ancestors and those who have departed. In the tradition of Dia de los Muertos, fire opens the pathways and memory becomes light. The hummingbird, messenger between worlds, carries our words to the wind and to the hearts of those we love.” On écrit un mot pour mamie qui sera lancé dans le feu lorsque le temple brulera dimanche prochain.
Vendredi 29 août - Profiter pleinement
On se lève à 3h38 am.
On traverse la playa au complet en vélo pour se rendre à l’esplanade. On se dirige vers les montgolfières, mais on fait quand même un petit tour sur la piste de danse d’une pyramide.
On se rend finalement tout au bout de la playa pour le lever du soleil. Un véhicule mutant s’installe juste à côté de nous pour servir des déjeuners et cafés aux sunrise lovers. Ça attire plein de monde et ça fait un moment magique. Deux français s’introduisent à nous en remplissant notre coupe de vin maison, c’est délicieux ! On passe un bon moment avec eux.
Il fait vite plein jour. On va à une scène faire la fête où on croise Élodie, notre amie montréalaise qui fait des massages polynésiens. Puis on se déplace vers une autre scène, celle avec les dragons. Il y a quatre voitures qui font un carré et c’est vraiment un gros party. Les dragons sont énormes et crachent du feu, le dj joue de la guitare électrique, c’est malade ! On rencontre Archie, Hannah, Julia et Kyle. On pense un très bon moment tous ensemble à danser. Ils sont trop cute. Julia et Kyle habitent à Vancouver. Le monde est petit et immense en même temps.
On retourne ensuite au temple pour méditer un peu. Sim aperçoit une libellule posée dans l’ouverture du temple qui pointe vers le ciel. Elle semble observer ce qui se passe à l’intérieur.
On va ensuite écouter la philharmonie qui joue des pièces de musique classique à quelques mètres et on voit la même libellule assister au spectacle et faire des allers-retours au-dessus de la foule. C’est mamie en visite !
On rentre au campement.
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On repart vers 10h pm. Nos voisins nous ont invités à les rejoindre au party de Bisou. La tente est immense, pleine de monde sur le gros party et le dj set est excellent. Il y a beaucoup d’énergie dans l’air. On se fond dans l’atmosphère endiablée.
J’aide une fille en bad trip à l’extérieur en allant aux toilettes, mais deux canadiens et deux australiennes la prenne finalement sous leurs ailes. Je retrouve Sim, qui m’annonce qu’on doit partir à la recherche du hidden tea room !
On part sur la mission aussitôt.
Quelques instants plus tard, on trouve une tente adjacente et on passe par une petite porte cachée pour entrer. Sitôt, on se retrouve dans une petite tente ronde à l’intérieur de laquelle il y a environ 40 personnes. Il fait très chaud. C’est un lieu exquis et décadent. Les lumières sont rouges foncées et très basses. Il y a une image de Confucius accrochée au centre de la pièce. Il y a des tables basses remplies d’alcool, de pamplemousses gelés et de thé japonais. Le dj est sur le sol assis les jambes croisées. Il combine saxophone et musique électronique. Il est accompagné de son ami à la guitare. La musique est enivrante. Ça danse très sensuellement. Le temps s’arrête. On y reste pendant des heures. On part quand le set se termine. On prend nos vélos et on va explorer différentes scènes et œuvres d’art sur la playa.
On est au plein milieu de nulle part, au milieu de la nuit, quand un papillon virevolte soudainement autour de nous. Ça dure quelques instants, mais ça nous fait chaud au cœur de sentir la présence de mamie aussi fortement. Elle est venue nous visiter.
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Fast forward – il est 6h du matin et on regarde un autre lever du soleil le lever au bout de la playa, cette fois accompagnés d’une joueuse d’harpe. C’est splendide. Quelle nuit merveilleuse.
En revenant vers la maison, on s’arrête pour voir une fille acrobate marcher sur un fil suspendu entre deux grues au-dessus d’un dj set, c’est impressionnant.
Samedi 29 août - L’intensité à son comble
Notre première activité de la journée est de regarder le coucher de soleil puis de se rendre au centre de Black Rock City pour l’événement tant attendu; The Man va bruler.
Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde, d’énergie et de musique forte. C’est trippant avec toutes les oeuvres d’arts, les partys partout, les lumières, les outfits funky. Le spectacle est grandiose avec les feux d’artifice et les explosions, mais c’est comme trop intense en même temps. On dirait qu’on est à Vegas et c’est moins notre vibe.
Une fois le spectacle terminé, on se promène un peu partout, mais les partys sont moins notre vibe ce soir. C’est plus en mode trash que fête intime sensuelle. On va à nos campements préférés pour danser, mais ce n’est pas là que ça se passe ce soir. Il est tard et on n’a plus d’énergie. C’est l’heure de dormir.
Dimanche 30 août - Le temple brûle
À notre réveil, beaucoup de monde sont en train de partir à notre réveil. Il fait chaud. Les camps ne sont plus actifs, les gens sont en mode démontage.
On va à Main Camp pour parler avec la famille, c’est la première fois qu’on a des nouvelles depuis le départ de mamie. On va ensuite récupérer le drône de Sim. On prépare doucement la van pour le départ. On chill avec nos voisins avec qui on échange quelques cadeaux. On part en vélo avant le coucher de soleil. On prend notre temps. On trippe lentement. Le coucher de soleil est fou raide. On va voir la statue des amoureux, c’est impressionnant, on sent une énergie solennelle.
On se rend au temple pour le silent burn. On s’installe avec les autres en rond. Le feu prend silencieusement à 20h pile. S’en suit un moment rempli de magie et d’émotions. Par hasard, la lune croissante est parfaitement alignée au-dessus du temple depuis notre angle. Les flammes prennent de plus en plus intensément au centre, puis commence à sortir par le trou au centre du toît du temple où on a vu la libellule se poser il y a quelques jours.
On pense à toutes les émotions qui y ont été vécues dans les derniers jours et qui se déchargent en fumée dans l’atmosphère, à tous les êtres chers salués et remerciés au ciel, à notre message pour mamie écrit sur le bois, au départ de mamie et au fait qu’elle n’est plus là pour qu’on lui raconte tout. Ça flambe fort. La chaleur du feu est intense. Le temple s’illumine, puis s’effondre. Un voisin commence à jouer du violoncelle. Ça rend le moment très émouvant.
Après plus d’une heure, le feu s’est calmé et on laisse la foule s’approcher. Un cercle se crée juste autour du feu. Les gens marchent, prient, dansent, chantent, rient, pleurent. Certains font des rituels. C’est très intense. La chaleur est intense. Le moment est intense. C’est vif et étourdissant. On reste un long moment autour du feu en silence, même si c’est inconfortable. Puis, on se retire lentement.
On va danser à un dj set de tribal electro malade qu’on trouve au milieu de nulle part, caché dans la nuit. On danse longtemps et pieds nus, complètement libres. Nos esprits et nos corps sont légers.
Sur le retour, on passe par le camp de Mikey Mike, qui nous offre une montre artisanale qu’il a fabriquée. Il a remplacé le cadran par celui du burn et elle allume de toutes les couleurs. C’est super gentil ! On mange des grilled cheese assis sur le sol en regardant les étoiles puis on va dormir quelques heures.
Lundi 1er septembre : Déjà la fin
On se lève à 4h du matin. C’est l’heure de sortir du désert. On voit plein d’autres gens qui partent. On se grouille. On a été un peu traumatisés par l’attente pour entrer à BRC et on essaie d’améliorer l’expérience pour l’exodus. Ça fonctionne. On sort après environ trois heures d’attente.
S’en suit un road trip absolument fou à travers déserts, montagnes et forêts. On traverse quelques villages du wild wild wild West.
On s’arrête à nouveau à des bains thermaux avec de l’eau chaude remplie de minéraux. On trippe sur notre plan, c’est tellement parfait pour nous qui ne nous sommes pas douchés depuis plus d’une semaine. Bien sûr on est avec plein d’autres burners ! Tout le monde tout nu et le party continue. Les gens nous font rire, mais on est aussi un peu désespérés d’être propres et au calme. Le bien que fait l’eau chaude minérale sur mon corps est indescriptible. On reste longtemps partout.
Notre plan original incluait de reprendre la route en début de soirée pour s’approcher le plus possible de Vancouver, notre destination finale qui est encore loin, mais on cancelle à la dernière seconde. Le repos est nécessaire.
On sait que les prochains jours seront remplis de défis: Sim re-commence l’école, tout est sale dans la van, Rose a pris un peu de retard au travail…mais ce recul sur nos vies nous a fait tellement de bien qu’on se sent prêts à tout affronter, même un monde sans mamie. On a débloqué des chakras et on se sent sur une autre vibration. Ça se rapproche du bonheur absolu; celui qui est conditionnel à rien et qui provient de l’intérieur de nous-même. On se sent grandis, fatigués mais l’âme reposée et surtout choyés et inspirés.